Histoire de Bapaume

logo297x144px (2)Au carrefour de l’Artois, des Flandres et de la Somme, Bapaume a toujours occupé une position stratégique dans les divers conflits que la France a traversée.  Dans l’histoire contemporaine de la commune, la bataille la plus marquante reste probablement la première Guerre Mondiale. De Bapaume, au cœur de la ligne de front, il n’en restait qu’un vaste champ de ruine, notamment après la bataille de Bapaume qui s’est déroulée en mars et septembre 1918. L’hôtel de ville, qui rayonne sur le bourg, a d’ailleurs été entièrement détruit et reconstruit dans les années 1930. Durant la seconde guerre Mondiale, Bapaume a aussi été le théâtre de nombreux combats et le Maire de la commune d’alors, Abel Guidet, fut membre de la resistance et déporté au camp de  Gross-Rosen, où il mourut en 1944. Commune chargée d’histoire, Bapaume s’est aussi distinguée par le passé en étant un des lieux de passage incontournables de nombreux rois pendant leurs déplacements dans l’Artois.
L’origine du nom

La Légende de Bapaume liée à l’histoire de Béranger.

mairie3A une époque incertaine du Moyen-âge, Bapaume était entourée par la Forêt d’Arrouaise.

Cette immense forêt abritait une bande de brigands qui détroussaient les marchands et les voyageurs qui empruntaient la route Nord-Sud pour rejoindre Bapaume. A leur arrivée aux portes de la ville, les habitants les accueillaient par des applaudissements. Ils battaient des paumes de mains pour manifester leur joie.

Au Moyen-âge, la paume des mains se nommait «la palme» d’où l’origine de la première écriture du nom de la ville « Bapalmes » qui, au fil du temps, est devenue : Bapaume.

Cette bande de brigands était dirigée par Béranger qui avait sous sa protection près de 300 voyous et avait pour habitude de donner ses ordres sous un chêne situé à « la Motte Béranger » entre Le Transloy et Sailly-Saillisel.

Cette armée de brigands était si puissante qu’elle s’empara un soir du Château de Bapaume et le transforma en repaire de voyous.

L’autorité publique s’alarma de ses nombreux massacres et rassembla une force supérieure en hommes armés qui fut envoyée pour déloger Béranger et ses hommes. Les brigands abandonnèrent le château et s’enfoncèrent de nouveau dans la forêt où ils continuèrent meurtres et brigandages. Un jour, Béranger s’attaqua poignard à la main à un bûcheron. Ce dernier évita le coup et, la peur décuplant ses forces, il infligea au brigand un coup sur la tête avec une telle violence que celui-ci mourut aussitôt.

Bapaume a gardé ce symbole dans ses couleurs : Un blason d’azur à 3 mains appaumées d’argent.

L’Abbaye d’Arrouaise

arrouaiseCette célèbre abbaye s’ élevait au cœur de l’immense forêt d’Arrouaise. Elle se trouvait à l’Est de Bapaume, entre Le Transloy, Rocquigny et Sailly-Saillisel, à un kilomètre de « la Motte Béranger ».

Bien que la forêt soit toujours infestée de Brigands, Heldémar et Conon fondèrent en 1090 cet édifice religieux qui contribua d’ailleurs à la sûreté des voyageurs. Lambert, Evêque d’ Arras à l’époque, confirma l’abbaye en 1097 et félicita Conon « d’avoir changé une retraite de voleurs en un lieu de piété où les voyageurs trouveraient un refuge assuré ».

Cette maison religieuse était dédiée à la Sainte Trinité. Lors des troubles révolutionnaires, l’Abbaye fut totalement ruinée. Il ne reste aujourd’hui de cet édifice religieux, que des pierres et traces de fondations dans les cultures ainsi qu’une plaque de marbre mentionnant la liste des Abbés et une horloge visibles au Musée de Bapaume.

Le Mariage Royal

mariageLe mariage de Isabelle de Hainaut et Philippe Auguste

Le 28 avril 1180, alors qu’elle n’a que 10 ans, Isabelle devint la 1ère épouse du roi Philippe II.

Après une bénédiction à l’Abbaye d’Arrouaise, les cérémonies sont célébrées au Château de Bapaume. Isabelle est sacrée Reine des Francs le lendemain. Ce mariage revêt une importance politique capitale, puisque la Jeune Isabelle apporte en dot toute une partie du Comté de Flandre : l’Artois. A l’âge de 14 ans, Isabelle est répudiée en raison de son incapacité à donner un héritier. Or, lorsqu’Isabelle, pieds nus, fait le tour des églises de la ville de Senlis (ville où la pénitence a été prise) en implorant Dieu devant un peuple qui aimait son grand cœur, celui-ci prend fait et cause pour elle; Philippe Auguste écoute le peuple et décide de garder Isabelle auprès de lui.

Elle donna naissance à un fils en 1187, le futur Louis VIII. Elle mourut deux ans plus tard en mettant au monde des jumeaux qui ne survécurent pas.

Le passage de Jeanne d’Arc

Jeanne d’Arc est née à Domrémy en 1412. Des voix se manifestent à elle dès l’âge de 13 ans l’implorant de marcher au secours du Dauphin du roi. En 1428, elle finit par céder à ce qu’elle considérait comme « l’ordre impérieux du ciel ». Sa mission était de donner un Roi à la France et de faire couronner Charles VII. Elle arrive à Chinon le 6 mars 1429 et parvint à convaincre le futur Charles VII. Il lui offrit alors une armure, une épée ainsi qu’une petite armée. Elle délivre Orléans assiégée par les Anglais le 29 avril 1429.

Elle écrase l’Armée Anglaise à Patay, puis Troyes se rendit à elle entrainant dans sa chute Châlons et Reims le 16 juillet 1429. Le roi Charles VII fut couronné le lendemain. La mission de Jeanne D’Arc était accomplie, mais entrainée par un esprit de vengeance, elle voulait « bouter les anglais hors de France » en dépit des voix qui lui disaient qu’elle serait prise. Elle courut au secours de Compiègne au printemps 1430; Tombée entre les mains des Bourguignons le 23 mai, elle fut vendue aux Anglais.

C’est au cours de cette malheureuse période que Bapaume entre dans son histoire. Elle quitte Beaurevoir le 28 septembre 1430 où elle était emprisonnée, escortée par les Bourguignons. Sa 1ère étape fut Bapaume où elle passa une nuit dans notre château. Le lendemain, elle fut écrouée à Arras puis livrée aux Anglais au Crotoy le 8 décembre 1430. Elle meurt en martyre à Rouen le 30 mai 1431, brûlée sur le bucher.

Notre Dame de Pitié

ndNotre-Dame de Pitié à l’Eglise St Nicolas

A l’époque où la misère s’abattait sur les Bapalmois, lors des périodes troublées par la famine et la guerre, nombreux sont ceux qui se tournèrent vers le Christ pour y trouver réconfort et encouragements.

En 1423, le synode de Cologne, ajoute aux jours consacrés à la Vierge une fête nouvelle, celle « des angoisses et des douleurs de Notre-Dame », d’où la fondation de la Confrérie de Notre-Dame de pitié au début du XVème Siècle par Mathieu Rainaud, natif de Bapaume et Evêque de Thérouanne de 1400 à 1414.

Il semblerait que la statue de 90 cm encore présente aujourd’hui à l’Eglise St Nicolas de Bapaume, date de cette période. Cette statue était vénérée tous les 25 mars, jour de l’Annonciation. Selon la légende, elle guérirait les maladies des Bapalmois. On lui attribue 19 miracles de 1500 à 1529.

L’histoire de Notre-Dame de Pitié va connaître ensuite de nombreuses péripéties. En 1698, alors que l’église est ravagée par un incendie, la statue est retrouvée intacte. Pendant la révolution, la statue est sauvée par un dénommé Meunier, qui la cache dans la cheminée de sa maison. En 1916, suite aux bombardements, la statue est descendue sur un brancard dans les souterrains de l’église. Elle est retrouvée intacte après la guerre en 1919. Enfin, en 1940 des soldats français la récupèrent et la descendent dans les souterrains rue de la République.

La statue miraculeuse de plus de 600 ans veille toujours sur les habitants de la ville de Bapaume et de ses environs.

Charles Quint à Bapaume

Après la destruction en 1521 de la ville de Bapaume et de son château, Charles Quint, sur l’insistance des échevins de la ville fit exécuter d’immenses travaux pour embastionner les tours de l’enceinte et abaisser les murailles suite aux progrès de l’artillerie.

L’emplacement des anciennes tours fut transformé en «Cavaliers» pour recevoir de l’artillerie et des moulins à vent.

Il semblerait que Charles Quint soit venu visiter les travaux le 25 novembre 1541 et le 14 août 1549.

Par le traité de Madrid en janvier 1526, la Ville de Bapaume restera sous la domination espagnole jusqu’au traité des Pyrénées en 1659 où l’Artois est de nouveau rattaché au Royaume de France. Charles Quint est né à Gand en Flandre le 25 février 1500, il est le fils de Philippe 1er dit le Beau et d’Isabelle Reine d’Espagne dite la Folle. En 1506, à la mort de son père, il hérite de la « Flandre », de l’Artois et de la Franche-Comté.

Charles Quint abdique le 16 janvier 1556 et décède au monastère d’Yuste en Espagne le 25 septembre 1558.

Il a été duc de Bourgogne sous le nom de Charles II (1515-1555),roi d’Espagne, sous le nom de Charles Ier, roi de Naples et de Sicile (1516-1556), mais il est resté à la postérité sous son nom d’empereur du Saint-Empire romain germanique (1519-1558) : Charles Quint.

Le Château et le donjon
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plan au xve siècle

Plan au XVe siècle

Bapaume fut cédée en 1330 au comte de Flandre, Louis de Nevers, qui fit entreprendre d’énormes travaux dont la construction des premières fortifications entourant la ville.

Le château féodal de Bapaume représenté sur le plan est probablement celui qui fut construit en 1335 sur les ordres dela comtesse Mahaut et perfectionné au XIVème siècle avec l’ajout de murailles très hautes et de tours.

Un incendie fortuit détruisit une partie des fortifications en 1472. La ville eut beaucoup à souffrir de guerres successives et lorsqu’elle commençait tout juste à se relever des ruines, elle fut prise, pillée et brûlée par Louis XI en 1475.

Un grand nombre de maisons, à l’époque construites en chaume propice à l’embrasement, sont détruites par un incendie en 1488.

En 1521, la ville, son château et ses fortifications médiévales seront à nouveau, intégralement détruits.

En 1847, Bapaume n’étant plus considérée comme une ville forte, l’armée française détruira une bonne partie des remparts et des bastions dans des essais de l’artillerie.

Aujourd’hui,  ce que les Bapalmois appellent le Donjon est l’emplacement de l’ancien château. On peut encore imaginer les positions des remparts et des hautes tours médiévales.

La Bataille de 1870 – 1871
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Le 19 juillet 1870, la France déclare la guerre à la Prusse. En moins de 7 semaines, l’armée française est battue et l’empereur Napoléon III est capturé à Sedan. La IIIe République est proclamée le 5 septembre.

Fin Septembre, le Général Faidherbe est envoyé à la tête de l’Armée du Nord pour défendre Péronne assiégée.

Il s’illustre à la bataille de Bapaume les 2 et 3 janvier, qui, en réalité, s’est déroulée essentiellement sur la commune de Biefvillers-les-Bapaume.

Le 2 janvier 1871, par un froid glacial, Français et Prussiens engagent un violent combat à Béhagnies.

L’attaque française échoue, mais les Prussiens abandonnent le village dans la nuit du 3 au 4 janvier.

Dans le même temps, le 3 janvier, un combat éclate à Biefvillers-les-Bapaume. Les soldats se battent avec rage et Biefvillers est repris aux Prussiens.

L’avancée française se poursuit alors jusqu’à la lisière de Bapaume et, malgré la position de force de l’Armée Française, Faidherbe ordonne à ses troupes le repli vers le Nord.

Les forces prussiennes évacuent également la ville et se replient sur Péronne. Bapaume sera épargnée.

1918 : Lalibération de Bapaume
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Première guerre mondiale – La libération de Bapaume

Le 17 mars 1917, les troupes australiennes de l’Australian Infantry Force (A.I.F.) entrent dans Bapaume.

Les troupes allemandes qui occupaient la ville depuis la fin de 1914, avaient effectué un retrait stratégique sur la ligne Hindenburg depuis février 1917.

L’offensive meurtrière sur la Somme durait depuis le 1er juillet 1916 et la ville avait beaucoup souffert des bombardements. Toutes les habitations sont anéanties, l’église n’est plus qu’un amas de pierres.

La nuit du 25 au 26 mars 1917 a été marquée par l’explosion des caves de l’Hôtel de ville de Bapaume par une mine à retardement placée à l’intérieur par les Allemands et déclenchée par une fusée chimique environ 8 jours auparavant.

Deux députés français en délégation, le Capitaine Raoul Briquet et Albert Tailliandier, ainsi qu’ une vingtaine d’auxiliaires de l’armée australienne furent tués et ensevelis sous les décombres.

La libération de la ville ne sera que de courte durée car les troupes ennemies reprennent Bapaume le 24 mars 1918 et la ville sera de nouveau occupée jusqu’au 29 août 1918 où elle sera définitivement libérée du joug allemand par les troupes néo-zélandaises…

Sheffield et George Lawrence
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Au lendemain de l’armistice, de nombreuses personnalités sont venues visiter les champs de bataille. Ils ne cachaient pas leur surprise à la vue de l’effort surhumain que tentaient d’accomplir les habitants pour reconstruire les régions dévastées, après avoir enduré les fatigues et les souffrances de l’invasion et de l’exil.

Ces visiteurs venus de France, d’Angleterre, des Etats-Unis et du monde entier, dès leur retour, font part à leurs compatriotes de ces visions d’horreur. La ville de Sheffield grâce à la « British League of Help » adopta la ville de Bapaume en lui allouant des vêtements et du charbon ainsi qu’une somme conséquente pour l’époque (210 000 F) pour l’aider à sa reconstruction (Maisons Sheffield à l’arrière plan).

Monsieur George Lawrence, industriel de la ville de Sheffield, fit don d’une certaine somme à la ville de Bapaume en vue de la construction d’une crèche en mémoire d’un membre de sa famille tué dans les combats dans la région.

Bapaume n’étant pas une ville industrielle, le besoin d’une crèche était superflu, elle fut baptisée école du nom de son bienfaiteur.

Aujourd’hui, l’école Lawrence abrite le musée de Bapaume.

Léon Bronchart
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Léon Louis Bronchart est né le 11 septembre 1896 à Bapaume. Son père, Louis Bronchart, est tailleur de pierres, sa mère, Flore Mérienne, dévideuse en soie.

Dès l’âge de 11 ans, il doit travailler comme ouvrier pour aider la famille car son père est très malade.

Lorsqu’éclate la Première Guerre mondiale, il est volontaire pour se battre. Il participe à une bataille près de Péronne après laquelle il est fait prisonnier. Il parvient à s’échapper en novembre 1917. Il rejoint alors la Légion étrangère.

Léon Bronchart intègre en 1919 la compagnie des chemins de fer d’Orléans.

Au début de la Seconde Guerre mondiale, il s’engage et est affecté comme sergent-chef à la 7e section des chemins de fer de campagne, à Beauvais.

Le 31 octobre 1942, alors qu’il est en service à Montauban, on ordonne à Léon Bronchart de conduire un train de déportés. Il refuse aussitôt.

Le réseau auquel il participe mène de nombreuses opérations : sabotages, distributions clandestines de journaux et de tracts, aide aux déportés et Juifs…

Le 29 janvier 1943, il est arrêté avec son fils aîné par les Allemands. Ils sont tous deux déportés. Malgré les supplices infligés, les deux hommes s’en sortiront. Il aura connu le camp de Dora et aura contribué à améliorer la vie des prisonniers.

Léon Bronchart est mort le 25 septembre 1986 à Saint-Avertin. Le titre de Juste parmi les nations lui a été décerné en 1994. Selon le mémorial de Yad Vashem, il est le seul cheminot qui ait refusé de conduire un train de prisonniers.